mardi, février 14, 2006

Ivresse de la métamorphose


UN JOUR DE FEVRIER MOROSE, l'Esj nous a offert de jouer le rôle d'un critique de films, celui qui va voir des films en avant-première n'importe où dans l'Hexagone. Notre projection à nous fut plus prosaïque et se distilla sous forme d'exercice obligatoire en sprint pour ne pas dire en speed. Invitation expresse dans le grand amphi.

1,2,3…dansez ! de Marilyn Agrelo sonne comme le signal de départ d’une compétition. C’est vrai, ce documentaire suit les élèves des écoles publiques de New York qui se battent en duo et surtout en rythme pour remporter le trophée de la meilleure équipe de danse. Au programme : merengue, fox-trot, tango, rumba. Des danses de salon quand on a entre 10 et 12 ans, ce n’est pas un pari pour les enseignants. Alyssa Polack, maîtresse à l’école de Tribeca y voit « un élan dont les enfants ont besoin ». Ceux-ci sont presque tous immigrés, en majorité de République dominicaine et vivent « à 97% dans la pauvreté », rappelle la documentariste.

Les premiers pas sont maladroits et hésitants, mais au fil des huit semaines de préparation, les élèves ne lâchent plus prise : ce sera à qui représentera le mieux son école. A travers l’apprentissage de la danse, on découvre des élèves mûris, investis et très au fait des règles de l’art sensuel. Entre chaque séquence de danse, Marilyn Agrelo a pris soin d’insérer les réflexions des enfants. Quand les filles discutent de leurs sentiments pour les garçons dont certains comme Kelvin se révèlent « gentlemen » et très bons danseurs, les garçons débattent sur les exigences des filles envers leur gent.

Mais au-delà de la tranche de vie de ces écoles publiques, la réalisatrice délivre un message citoyen où le rêve de l’intégration américaine est encore possible. Wilson ne parle pas anglais. Son professeur de danse communique en espagnol avec lui. Qu’importe, il permet à son équipe de se qualifier pour la finale. Le plus juste dans ce film, c’est que ces élèves souvent difficiles partent à la découverte des danses de leur pays d’origine. Finalement, on oscille constamment entre la fierté de ces apprentis danseurs et celle de leurs mères –plus rarement de leurs pères- qui placent dans leur progéniture tous les espoirs de réussite qui les ont menées jusqu’aux Etats-Unis.